OPERATION "GODORIA"
Cette situation d'urgence exige des reactions immediates. Rompu a ce
type d'alerte, entraine depuis toujours sur son terrain d'engagement,
le régiment projette ses moyens vers le Nord (350km par la
piste), simultanement par voies aerienne, terrestre et maritime. Sa
mission : en soutient de L'Armee Nationale Djiboutienne (AND),
interdire aux troupes ethiopiennes de deferler vers le sud, controler,
desarmer, ravitailler et escorter le flux de refugies.
Le 27 mai a l'aube, alors que les unites rejoignent leurs zones de
deploiement operationnel, le colonel Rousseau, commandant les forces
terrestres, le colonel Delort, le commissaire de la République
d'Obock et le chef de Bataillon Garcia embarquent a bord d'un PUMA pour
eavluer la situation dans le nord du pays. Epuises par des mois de
combat, demoralisee par la fuite de son chef, la division d'Assab n'en
reste pas moins une unite disciplinee, encadree, dotee de materiels en
etat et puissament armee.
Une armee en déroute
Le survol de la zone revele un spectacle pathetique : l'exode d'une
armee. Mais l'heure est a l'urgence, La Republique de Djibouti est en
danger immediat ; une colonne motorisee de 2 000 hommes s'engage en
effet, tambour battant, en direction d'Obock, capitale regionale du
Nord. Et bien que les unites du "5" n'aient pas encore rejoint leur
zone d'action, la decision est prise en concertation avec le
representant de l'Etat : il faut immediatment l'intercepter.
Coordonnant depuis le PC volant l'action des seuls elements
immediatement disponibles, la section antichars du "5", un peloton AML
et une section parachutiste de l'AND, le colonel Delort stoppe la
progression ethiopienne et le colonel Rousseau enjoint leur general et
leur commissaire politique de mettre fin immediatement a cette
violation du territoire djiboutien. Ces "palabres" de quelques heures,
enagages en plein desert, par 50°c a l'ombre, avec des troupes
assoifees et non alimentees depuis plusieurs jours donnent les delais
suffisants pour renforcer le dispositif d'arret. Face a la
determination musclee des troupes djiboutiennes et francaise deployees,
en butte a la fermete de leurs interlocuteurs, les officiers ethiopiens
cedent aux exigences et acceptent de poursuivre le desarmement deja
entame. Le soleil se couche sur un spectacle grouillant et dramatique :
une armee depose ses armes, des bataillons, des compagnies constituees
s'installent pour la nuit sur cette plaine cotiere chere a Monfreid,
des colonnes isolees continuent de deferler du Nord, poursuivies par
des rebelles erythreens excites par la victoire. Elles grossissent le
depot d'armement organise et garde par les troupes francaises. Le "5"
controle cette zone de stationnement, couvre le dispositif face au Nord
et surveille les approches maritimes.
A l'aube du 28 mai, deux convois sont constitues, d'egale importance,
le "5" prend en charge un detachement de 4 300 militaires refugies,
accompagnes de quelques familles et embarques dans 120 vehicules de
tous types (BRDM 2, rampe missiles Frog, porteurs SA 3, poids lourds
sovietiques et est-allemands...). un check-point, articule autour de
l'escadron Gilliot et de la Compagnie Lalanne fouille chaque refugie et
chaque vehicule. Malgre le desarmement de la veille, le bilan est
encore significatif : armes de poing, caisses de grenades, armement de
bord de vehicules blindes, munitions petit calibre sont encore
dissimulees. Vers 10h00 du matin, le convoi entame sa progression en
direction d'Ali Sabieh.